Médiator et Interrogations ?
Le système de santé français fait l'objet de profondes transformations. Elles sont surtout visibles au niveau du soin autour duquel s'organise la réforme de l'assurance-maladie, mais elles ne se limitent pas à ce seul secteur. Elles touchent aussi bien les professionnels qui y exercent leurs activités que ses usagers avec l'émergence de demandes réciproques ignorées jusque-là.?Les épisodes du sang contaminé et de la vache folle, celui de l'amiante, la canicule plus récemment, et aujourd’hui le Médiator sont les révélateurs de fortes interrogations voire d'une réelle perte de confiance de la population vis-à-vis de la gouvernance de son système de santé.
Une réponse adéquate suppose que soient redéfinis droits et devoirs de chacun, professionnel ou usager/citoyen dans une démarche qui reste encore à construire pour élaborer une véritable politique de santé publique.
Au milieu des années 80, le SIDA avait regroupé pour la première fois les malades en associations demandant aux professionnels de répondre plus vite et mieux aux besoins nouveaux que faisait apparaître une maladie orpheline de traitements efficaces.
De leur côté, les professionnels ainsi que l'Etat ont exprimé le désir d'être confrontés à des usagers/citoyens responsables capables de prendre en charge leur santé et d'utiliser avec discernement l'offre qui leur était faite. Des dispositifs se sont alors mis en place. Ainsi, les réseaux de santé se sont construits à partir de ces interrogations.
Des professionnels se sentant responsables au-delà de la simple application des obligations limitées que leur imposait leur métier ont voulu s'engager pour trouver des solutions à des problèmes que leur formation ne les avait pas préparés à résoudre, mais qui pourtant leur étaient posés quotidiennement : que faire devant un malade sans logement, comment concilier invalidité et activité professionnelle ?
Créés initialement autour des problèmes du vieillissement, les réseaux de santé se sont développés avec le SIDA et la toxicomanie avant d'obtenir la légitimation de la loi du 4 mars 2002.
Les maladies ont initialement réuni nombre de ces acteurs mais ce sont des questions transversales, souvent plus sociales que médicales qui devaient être résolues, réponses organisées le plus souvent dans l'environnement des personnes avec la mise en place de processus dont la validité venait tout autant de leur pertinence fonctionnelle que de la concertation dont ils étaient sortis.
De ces expériences sont nées les notions qu'un réseau ne se décrète pas et qu'il n'existe pas de hiérarchie entre ses acteurs.?Les processus d'interrogation des malades et de la population se sont révélés fructueux. Les associations de malades et d'usagers par leurs revendications ont modifié les représentations des professionnels et infléchis les politiques de santé.
Les états généraux de la santé en 2004 ont montré qu'une interrogation citoyenne était capable, à condition de disposer des informations nécessaires, de faire des propositions pertinentes utiles aux prises de décisions collectives en modérant la parole des experts.
L'évolution du dossier médical qui s'est vu réapproprié par les malades à la suite de cette concertation en apporte la preuve. Des expériences similaires conduites dans d'autres pays sur d'autres thèmes confirme l'intérêt de ces démarches.
Pourtant que sont elles devenues en France ?
Aujourd'hui le diagnostic ne mesure plus l'individu concret. De ce fait, la médecine s'est mise hors d'état de choisir le bien pour un patient concret.
Pouvons nous continuer d'accepter que le diagnostiqué soit obligé de jouer son sort sur un coup de dés pour décider des services que lui rendra la médecine ?





