Sarkozy inaugure son siège de campagne

Mercredi 23 novembre 2011 à 18 heures, une foule de maires se presse à l'entrée de l'Elysée. Le candidat Sarkozy reçoit les maires de l'UMP dans son siège de campagne 55 rue du Faubourg Saint Honoré. Un énorme barnum est dressé dans le jardin. Il y a des écrans de télévision pour que rien ne soit perdu pour les invités. Un pupitre simple attend le candidat. A son arrivée, les maires de l'UMP se lèvent et applaudissent avec chaleur. A la sortie chacun recevra une médaille en bronze en souvenir de cette fin d'après-midi. Les hôtesses ne sont pas regardantes : elles m'en ont donné trois. Il faut dire qu'il y en a des piles à ne plus savoir qu'en faire. Visiblement c'est un lieu où l'on ne regarde pas à la dépense. Il n'y a pas de risque que le Conseil Constitutionnel l'intègre dans les comptes de campagne du candidat. Sa composition incite à l'indulgence. Alors pourquoi se gêner ?

Le discours commence par un rappel des réunions de maires autrefois. Celle de 1888 à l'initiative du Président Sadi Carnot qui a convié les maires des chefs-lieux de canton et d'arrondissement ; celle de 1900 à l'initiative du Président Emile Loubet. Le candidat fait l'impasse sur le banquet des maires du 13 juillet 1889 pour le centenaire de la Révolution française. Cette dernière ne fait pas partie de son corpus de référence.

Vient ensuite le plat de résistance avec l'habituelle rengaine : la France est affaiblie mais c'est la faute des autres ; elle dépense trop, elle emprunte trop, elle ne travaille pas assez. Tout est de la faute à la retraite à 60 ans et aux 35 heures. « Heureusement que je suis là ! Vous avez vu les Grecs et les autres ! Je vous ai épargné tout cela ! »

Pas un mot sur sa responsabilité dans la crise alors qu'il était un chaud partisan des prêts hypothécaires et donc des subprimes. Pas un mot sur sa responsabilité dans l'endettement de la France : depuis 2007 il a ajouté 500 milliards dans la besace nationale et depuis 2002, il faut attribuer 800 milliards à la Droite sur les 1700 de dette publique de la France. Il est devenu totalement amnésique. Pourtant de 1993 à 2012, il aura été 12 ans ministre ou Président. Non il n'y est pour rien. Pas un mot sur la perte des emplois industriels : 50.000 nets avaient été crées sous le mandat de Lionel Jospin. 750.000 ont disparu depuis 2002. Ce n'est quand même pas de la faute de la Gauche.

Le candidat brandit son courage en bandoulière. Il en aura fallu pour installer le bouclier fiscal, créer 30 taxes et alléger l'impôt sur la fortune des près de 2 milliards. Il répète à satiété dans son discours : « J'assume ». Il est à parier que le verbe reviendra en permanence pendant la campagne. Il a conclu son propos en indiquant les trois voies que la France devait emprunter : l'effort, le travail, le courage. Il manquait la quatrième : la justice. Ce mot lui aurait écorché la bouche et il a pris soin de l'éviter.

Il a terminé par une diatribe contre une proposition de loi constitutionnelle que le Sénat s'apprête à débattre et à voter : le droit de vote aux élections municipales des étrangers non communautaires dès lors qu'ils sont en situation régulière et présents en France depuis plusieurs années. Ce droit existe déjà pour les citoyens des pays de l'Union européenne. Il se ferait dans les mêmes conditions. Il a mené la charge sous les applaudissements nourris et scandés des maires UMP. Une odeur de Front National flottait dans l'air et cette odeur est nauséabonde.

Là encore le candidat a fait preuve d'amnésie. Pendant sa campagne de 2007 il s'était montré favorable à cette mesure sous réserve de réciprocité. C'était déjà un pas. Deux ans plus tôt,  le 24 octobre 2005, il déclarait au Monde : « je ne trouve pas anormal qu'un étranger en situation régulière, qui travaille, paie des impôts et réside depuis au moins dix ans en France, puisse voter lors des élections municipales. J'ouvre un débat en faveur d'une mesure que je trouve juste. »

On savait l'homme changeant, épousant facilement l'air du temps, déterminé quand il s'agit de s'en prendre aux acquis sociaux, faible quand il s'agit de mesures d'humanité propres à favoriser l'intégration de populations étrangères et donc la cohésion sociale.

On sentait aussi la colère d'avoir perdu la majorité sénatoriale. La soirée s'est quand même terminée par un cocktail. Des groupes de maires se faisant photographier sur le perron de l'Elysée. Ils étaient heureux d'avoir participé à ce meeting de leur candidat. Bien leur en fasse !

Premium Drupal Themes by Adaptivethemes