Une austérité sans principes ni perspective
La France est désormais sans pilote politique. Devant la crise financière et les déficits publics, aggravés par une politique de cadeaux fiscaux aux plus riches, les dernières mesures annoncées par François Fillon constituent un simple bricolage sans principes. Et l’INSEE confirme aujourd’hui l’augmentation insolente des plus hauts revenus et la montée concomitante de la pauvreté depuis 2007.
En outre, alors que la croissance marque le pas et que le chômage repart à la hausse, le plan de rigueur gouvernemental ne s’inscrit dans aucune perspective de long terme.
Absence de principes.
Les pouvoirs publics sont finalement revenus sur la politique engagée au début du mandat présidentiel, preuve qu’elle était nocive et erronée. Exit le bouclier fiscal et la loi TEPA dont il ne reste que les exonérations fiscales sur les heures supplémentaires, une injustice flagrante alors que le chômage s’aggrave.
En matière de niches fiscales, le Président de la République a fait fi du travail d’évaluation de l’Inspection générale des finances en choisissant précisément de conserver les avantages fiscaux les plus contestées ou de les raboter à la marge. Ainsi, il ne touche ni à l’exonération de TVA accordée aux entreprises de la restauration, pourtant inefficace, ni aux réductions d’impôts pour les emplois à domicile qui profitent surtout aux 10% des Français les plus riches (6 Milliards), ni à l’avantage Copé qui exonère les entreprise sur les plus value de revente de leurs filiales (5 Milliards), une incitation malsaine qui favorisent les pratiques les plus contestables de LBO. Ce faisant, il prive l’Etat de ressources indispensables à l’objectif annoncé de réduction des déficits, et il renonce à toute justice et cohésion sociale.
Dans le même esprit, la taxe de 3% qui touche provisoirement les revenus au-delà de 500.000 euros annuels est dérisoire. La « passe en retrait » d’une quinzaine de dirigeants réclamant de payer davantage d’impôts est un travestissement qui ne masque pas l’indigence de cette mesure : c’est une taxe à 60 % qu’il faut prélever sur les revenus dépassant le million d’euros, à travers une nouvelle tranche d’imposition pérenne.
Plus que la recherche d’un désendettement rapide, seul le souci électoraliste de ne pas défavoriser des clientèles a présidé aux choix présentés par le Premier Ministre.
Aucune perspective de croissance
Par ailleurs, la nécessité d’inscrire la lutte contre les déficits dans une politique de croissance durable n’a pas été prise en compte. Pour cela, les mesures annoncées auraient dû s’accompagner, comme le réclament les organisations syndicales, de dispositifs sociaux pour venir en aide immédiatement à ceux qui souffrent et pour enclencher le plus vite possible un cercle vertueux de création de richesses.
Comme le réclame la CFDT, la création d’un fonds de type FISO semblable à celui mis en place en 2009 serait un moyen de financer les ménages les plus pauvres, le recours au chômage partiel et des dispositifs de formation alternatifs au licenciement. Le soutien à l’emploi des jeunes et des seniors permettrait également de prévenir le chômage de longue durée, dont on sait qu’il produit des dégâts à long terme parce que le retour de la croissance est impuissant à le juguler.
Enfin, la remise en cause de l’objectif de départ d’un fonctionnaire sur deux est indispensable. La façon dont il a été mis en œuvre n’a pas produit les effets attendus et l’éducation et la santé sont des domaines essentiels à soutenir pour le développement d’une croissance de long terme.
Une autre politique est possible
Oui, une autre politique est possible : celle que propose François Hollande. Elle tient en trois points principaux : d’abord, une réforme fiscale immédiate qui fournisse les ressources nécessaires pour équilibrer les comptes publics sans menacer la cohésion sociale ; ensuite une politique de croissance d’un nouveau type fondée sur le développement de filières d’activités écologiques, l’investissement dans l’éducation et la santé publique ; enfin, une priorité à l’emploi des jeunes et des seniors à travers le contrat de génération. Seule cette perspective permet de justifier les mesures nécessaires au désendettement de notre pays et à la remise en état de nos finances publiques.
L’intersyndicale CFDT, CGT, FSU, Solidaires et UNSA fait aujourd’hui pression sur le gouvernement pour une meilleure prise en compte des dégâts sociaux de la crise et de sa politique. C’est en articulation avec le mouvement syndical que nous réfléchissons aux mesures à prendre pour relancer l’emploi et la croissance. Tel est l’esprit de la rencontre qui se tiendra le 19 septembre prochain à Saint Ouen entre François Hollande et plusieurs centaines de syndicalistes.




