Faire de l’Université le cœur de l’enseignement supérieur et le lieu de la civilisation

L’université française souffrirait de tous les maux : gouffre financier pour les uns, autiste à son environnement pour les autres, endroit à éviter pour tous. Aux universités non sélectives, choisies par défaut, s’opposeraient alors les lieux d’excellence, nous entendons par là les classes préparatoires et les grandes écoles.

Le constat d’un système à deux vitesses se heurte pourtant à un impératif majeur de nos sociétés modernes : l’excellence académique comme facteur majeur de la croissance. Celle-ci ne passe plus par une simple reproduction des élites mais par leur accroissement, qualitatif mais aussi quantitatif. Or la structure de l’enseignement supérieur telle qu’elle existe actuellement en France ne remplit pas ce rôle moteur et ce, pour deux raisons principales :

a) Une maîtrise inégale de l’offre dans l’enseignement supérieur. Les élèves les plus dotés socialement et culturellement ont la possibilité de définir, relativement tôt, un parcours adapté à leurs objectifs. A l’inverse, ceux qui n’ont qu’une vision partielle du « menu » se retrouvent à devoir choisir tardivement à l’approche du baccalauréat, une année peu propice à un choix éclairé. Cet écart dans la « maîtrise de l’offre » est d’autant plus injuste que notre système sélectionne très tôt ceux qui pourront concourir aux postes les plus prestigieux, sans rendre effectivement possible la réduction de cet écart.

b) Un fossé dans l’affectation des moyens. Les meilleurs élèves du secondaire auraient accès à des formations richement dotées, en classes préparatoires (environ 14.000 euros/an/étudiant) quand les autres se verraient reléguer, par défaut, dans les filières pauvres, à l’université (environ 8.000 euros/an/étudiant). Cette vision est certes caricaturale mais le fossé en matière d’encadrement est lui bien réel. A ce stade-là de l’apprentissage, il se justifie difficilement.

Ces constats nous amènent à penser l’hybridation des classes préparatoires et des filières universitaires existantes. La mise en place d’un premier cycle universitaire revisité où se côtoierait l’ensemble des bacheliers de l’enseignement général, nous apparaît comme plus efficace et plus juste socialement. A cet effet, il faut remettre l’université au cœur de l’enseignement supérieur.

La droite fait diversion, elle ne parle que de démocratiser l’accès aux grandes écoles, ce qui ne concerne que quelques centaines d’élèves par an.  Pendant ce temps, le sort de la grande majorité des étudiants est totalement laissé de côté. La gauche doit avoir une toute autre ambition : celle de faire réussir le plus grand nombre. La priorité doit donc être donnée à une refondation de l’université.

La proposition est la suivante : faire en sorte que tous les étudiants (hors filières courtes) intègrent l’université afin qu’elle redevienne  le pivot de l’enseignement supérieur. Pour cela, les classes préparatoires seront fusionnées dans un 1er cycle d’université totalement réformé qui bénéficiera ainsi de moyens financiers et humains sans précédent. Cette fusion ne signifie pas un alignement des classes préparatoires sur le modèle universitaire, ou inversement mais la création d’une université nouvelle qui combine les avantages des deux anciens systèmes :

  • Un niveau d’encadrement et d’accompagnement plus exigeants. Il n’est plus possible de voir des étudiants totalement livrés à eux-mêmes.
  • L’université doit être considérée comme le lieu de la civilisation. Les filières de 1er cycle doivent être décloisonnées afin que les élèves diversifient leurs apprentissages fondamentaux. L’université doit ainsi permettre aux élèves de construire progressivement  leur parcours au cours des premières années du supérieur.
  • L’université doit devenir ce lieu d’enrichissement culturel unique où se retrouvent des Français de toutes origines sociales pour acquérir et partager leurs savoirs.
  • En fin de 1er cycle, l’université doit offrir le choix aux élèves de s’orienter vers la recherche, le monde professionnel (à travers des masters professionnalisant, des stages en entreprises) ou la poursuite d’études en grandes écoles.

Il s’agit véritablement de repenser la transition entre le secondaire et le supérieur et de réduire au maximum la sélection par l’échec, l’orientation par défaut ou l’auto exclusion face aux filières d’excellence.

Si cette ébauche reste très générale, soyons convaincus d’une chose : les filières universitaires, étroitement associées à la recherche, ne peuvent plus être appréhendées comme des « voies de garage ». Sans remettre en cause la nécessaire formation d’une élite en France,  la mise en place d’une spirale vertueuse s’avère nécessaire pour faire avancer le système dans son ensemble. Considérons les études supérieures non pas comme un but en soi mais comme un moyen de s’accomplir : à la fois comme citoyen et aussi compte tenu de ses ambitions professionnelles. A cette fin tous les étudiants doivent être accompagnés et dirigés dans les meilleures conditions. L’université pourrait endosser ce rôle d’aiguilleur et répondre aux deux impératifs d’efficacité et de justice sociale.

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