Relever le financement des études supérieures de façon plus redistributive, c’est possible !

En France, tout se passe comme si l’université n’existait pas. La récente polémique sur les quotas de boursiers dans les grandes écoles est une fois de plus révélatrice du tropisme du débat politique vers l’élite de ses étudiants, soit une très petite minorité d’entre eux. Lorsqu’on l’évoque, c’est pour critiquer une fois de plus la sempiternelle dévalorisation de ses diplômes, pointer non sans raison l’échec massif des étudiants en licence ou déplorer, hélas, la vétusté de ses bâtiments.

Ce manque d’ambition pour l’université ainsi que les difficultés qu’elle rencontre ne doivent pas nous surprendre si l’on observe l’effort budgétaire qu’y affecte la nation. En 2005, la dépense moyenne par étudiant à l’université est de 7210 euros, contre 10000 pour un lycéen, 10890 pour les IUT et 13960 pour les classes préparatoires aux grandes écoles.

Si l’on veut réussir le pari de la connaissance, l’une des priorités de la gauche doit consister à renforcer les moyens de l’enseignement supérieur et à les répartir plus équitablement.

Cependant, l’état actuel et futur des finances publiques contraint fortement nos marges de manœuvre budgétaires. Or, nous savons que l’effort en matière d’éducation devra être orienté en priorité vers la réduction des inégalités en amont, dès la petite enfance jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire.

Pour être efficace, le financement de l’université doit passer par un effort accru de ses bénéficiaires à travers le relèvement sensible des droits de scolarité.

Pour être juste, cet effort doit être modulé en fonction des moyens de chacun. Dès lors, deux orientations sont possibles :

- Tenir compte des critères de revenus présents : il s’agirait donc de moduler les frais d’inscription en fonction des revenus des parents.

- Tenir compte des revenus à venir : Il s’agirait de mettre en place une nouvelle forme de prêt étudiant à taux nul ou faible, accessible à tous. L’étudiant ne rembourse ce prêt qu’a posteriori, en cas de succès dans ses études, par une majoration temporaire de l’impôt sur le revenu (si celui-ci dépasse un certain seuil).

Ce dispositif constituerait une forme de contrat entre l’Etat, l’université et l’étudiant.

L’expérience, menée en  Australie depuis une vingtaine d’années s’est avérée concluante. La quasi-totalité des étudiants a pu rembourser son prêt, la collectivité n’ayant eu qu’à financer le taux d’intérêt. De fait, ce système a permis de relever le financement de l’enseignement supérieur sans peser sur les finances publiques. Son caractère redistributif a également contribué à démocratiser des études supérieures et à faciliter l’insertion professionnelle des étudiants grâce aux nouvelles ressources perçues par l’université.

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