Pour des services publics de qualité et une clarification du rôle de l’Etat

Depuis 2007, Nicolas Sarkozy s’est efforcé réduire le périmètre de l’Etat et donc le champ d’intervention des services publics, au travers de deux grandes réformes emblématiques : la Révision générale des politiques publiques (RGPP) et la diminution de l’emploi public avec l’application du dogme de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Le résultat d’une telle politique est déplorable : des services publics fragilisés qui ont du mal à remplir leurs missions, des personnels inquiets et souvent démotivés et un public qui se tourne de plus en plus  vers les collectivités locales, alors que ces dernières n’ont pas les moyens de répondre aux sollicitations dont elles sont l’objet.

Face à cette dégradation du fonctionnement du service public, les usagers constatent que les services qu’ils sont en droit d’attendre, comme la sécurité, l’éducation, la justice, la santé, la solidarité nationale, …sont de moins en moins bien rendus et cela au moment même où – la crise aidant- la demande de service public n’a jamais été aussi forte.  

Bien sur, il faut combattre  cette vision libérale de l’Etat et des services publics. Non pas pour sacraliser  l’Etat, ou contester la nécessité de le réformer, mais la réforme de l’Etat ne peut seulement consister à réduire son rôle et à amputer ses missions essentielles.

La crise financière survenue en 2008 a rebattu les cartes et modifié la vision que l’on pouvait avoir de l’intervention publique.

L’Etat demeure toujours – et c’est l’un des enseignements majeurs de la crise – un élément de notre compétitivité économique, un facteur de cohésion sociale et de formation de l’identité collective.

Il ne s’agit pas d’en  revenir à un Etat providence, tel que nous l’avons connu pendant les Trente Glorieuses, mais de le positionner dans la nouvelle donne née de la mondialisation, dans notre ancrage dans l’Europe, ainsi que dans les missions prioritaires que les services publics doivent remplir dans une France décentralisée.

Il faut très clairement  préciser les  missions de l’Etat , et cela, au moment où à côté des domaines d’intervention traditionnels se précisent de nouveaux champs d’intervention comme la sécurité dans le domaine de la santé et de l’alimentation, du développement durable, de l’énergie ,notamment nucléaire…

Cette réflexion doit être menée dès le début du quinquennat dans le cadre d’un dialogue avec les agents des services publics, au travers de leurs organisations syndicales, mais aussi avec les usagers. Il s’agit de bâtir un pacte de l’Etat Républicain

Cette réflexion est obligatoire notamment avant toute nouvelle étape de la décentralisation, car il faut clairement fixer, ce qui est du domaine de l’Etat et de ce qui relève des collectivités locales.

Ces interrogations ne sont pas nouvelles. Déjà dans les années 1990, le Commissariat général au Plan se donnait un objectif ambitieux : celui de réfléchir sur l’Etat.

Le constat posé ne manquait pas de pertinence : « les progrès de la mondialisation et de la libéralisation de l’économie, les exigences nouvelles d’une société plus soucieuse d’autonomie mais aussi plus gravement menacée par la montée des exclusions, l’approfondissement de la construction européenne et l’arrivée à maturité du processus de décentralisation, tout incite à un effort de clarification sur ce qu’on peut et doit attendre de l’Etat en cette fin de XXème siècle. »

Aujourd’hui ce besoin de clarification est plus que jamais indispensable.

Il faut faire un bilan des réformes engagées depuis 2007 et même depuis 1981 et les débuts de la décentralisation qu’il s’agisse des valeurs et des missions de la fonction publique, du pouvoir d’achat, du dialogue social, de la RGPP et de l’emploi public et des missions

Forts de ce bilan, nous devons être en mesure d’établir ensuite des priorités et de les inscrire dans un agenda de la réforme portant sur le rôle de l’Etat, ses missions mais aussi la question salariale et l’emploi public ?

En sachant bien sûr que s’il ne faut pas sacrifier ces sujets sur l‘autel de l’assainissement budgétaire, l’état de nos finances publiques devra aussi être pris en compte.De ce point de vue, la priorité  à l’éducation devra avoir sa contrepartie.

C’est pour un candidat socialiste un des enjeux majeurs de la prochaine élection présidentielle.

Il est temps que se mettent en place les éléments d’une nouvelle lecture de l’action publique qui ne peut plus copier l’Etat providence d’hier mais qui ne peut non plus obéir à une vision de l’Etat « modeste » qui abdiquerait son rôle de régulateur et de garant de l’intérêt général. Il ne faut pas non plus miser sur la seule décentralisation au risque de perdre de vue la capacité de conduire de grandes politiques nationales nécessaires à la relance économique et industrielle. L’idée d’une planification, n’est pas exclure sous réserve de l’adapter au monde d’aujourd’hui.

Dans une société française toujours plus inquiète et qui demande toujours plus de services publics, c’est un nouveau positionnement de l’Etat que nous devons clairement établir. 

Cela est indispensable pour nos concitoyen(ne)s, cela aussi est indispensable pour tous (es) les fonctionnaires et agents publics afin de leur permettre de retrouver le goût et le sens de leurs missions au service de l’intérêt général.

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