Pour une revalorisation effective de la voie professionnelle
Les observateurs du monde de l’éducation s’accordent tous pour le dire : la filière professionnelle fait aujourd’hui figure de « voie de garage » du lycée français.
Depuis la création du bac professionnel en 1985, les gouvernements de droite comme de gauche ont multiplié les réformes pour tenter remédier à cette situation[1]. Force est pourtant de constater qu’en 2010, ce sentiment de relégation est toujours aussi prégnant.
Dans le système scolaire français, la filière générale est considérée comme l’unique voie pouvant garantir un avenir serein dans notre société. A l’issue du collège, les élèves obtenant les plus mauvais résultats dans les matières dites générales sont automatiquement écartés de ce cursus.
Au final, près d’un lycéen sur deux (40%) suit un deuxième cycle professionnel. Il s’agit pour la très grande majorité d’entre eux d’une orientation subie, marquée du sceau de l’échec.
Il est donc aujourd’hui urgent de procéder à une véritable revalorisation la voie professionnelle en proposant autre chose qu’une simple attractivité de façade. Elle doit devenir une orientation choisie.
Il existe quelques mesures simples et peu coûteuses qui méritent d’être essayées afin de redonner de la crédibilité à ces formations et de valoriser les opportunités qu’elles peuvent apporter à chacun :
- Tout d’abord, il conviendrait d’aller progressivement vers une seconde de détermination plus générale et plus ouverte. Peu d’élèves sont aujourd’hui capables à 15 ou 16 ans de dire avec précision dans quel secteur il souhaite débuter leur carrière. Il est donc indispensable de faire de la première année de cursus un sas de découverte et d’orientation.
- Ensuite, durant les deux autres années de formation qui suivent la seconde de détermination, l’accent doit être placé sur la responsabilisation des élèves en favorisant au maximum une approche en termes de projet. Un livret d’apprentissage professionnel pourrait ainsi être mis en place afin de retracer les expériences et savoirs acquis tout au long de la scolarité. Il aurait ainsi valeur de cv amélioré pour les futurs employeurs.
- Enfin, le cursus post-bac doit également être refondé. La très grande majorité des bacheliers professionnels sont à ce jour orientés vers l’université où seulement 10% d’entre eux parviennent à obtenir une licence. Cette logique génératrice d’un échec massif est absurde et inadaptée. Il existe pourtant des formations courtes (IUT, BTS,…) spécialement conçues pour les élèves ayant suivi un cursus professionnel. Elles préparent ainsi une entrée dans la vie active après 2 ou 3 ans (licence pro) d’études universitaires. Malheureusement, ces établissements préfèrent aujourd’hui sélectionner des bacheliers généraux de bons niveaux qui retourneront ensuite tout naturellement dans un cursus universitaire classique. Par conséquent, il est donc indispensable d’instaurer un système facilitant l’accès des bacheliers issus des filières professionnelles et technologiques à ces cursus universitaires professionnalisant. Des objectifs clairs doivent désormais être fixés afin de garantir à ces étudiants un minimum 50% des places disponibles.
[1] La dernière réforme promue par X. Darcos a réduit d’un an la durée du cursus pour l’aligner sur celle des autres bacs.





