Que faire des bacheliers professionnels ?
Les lycéens de classes terminales viennent d’émettre des vœux concernant la poursuite de leurs études dans l’enseignement supérieur. Souvent, quand la presse parle du sujet, elle pense pour l’essentiel aux bacheliers généraux, bacheliers pour lesquels tout est a priori possible. Les bacheliers professionnels, et dans une moindre mesure les bacheliers technologiques, ne semblent pas concernés. Il est vrai que, pour les premiers, l’objet même du diplôme conduit plus à l’insertion professionnelle qu’à la poursuite d’études. Et pourtant. La rénovation de la voie professionnelle, en particulier la réduction de quatre à trois ans de la durée d’études (expérimentée sous le ministère Lang, et généralisée par le ministère Darcos), va produire ses effets dès la prochaine rentrée, augmentant le nombre de bacheliers de 80 000 (dont a minima 20 000 chercheront à poursuivre des études supérieures). A court terme, le nombre de bacheliers professionnels dépassera celui des bacheliers technologiques ; un bachelier sur quatre sera issu des cursus professionnels.
Certes, la promesse de démocratisation du lycée n’a pas été tenue. Les lycéens issus des catégories les plus favorisées se concentrent dans la voie générale, les plus défavorisés vont dans les séries technologiques et professionnelles. Par ailleurs, les baccalauréats professionnels peinent de plus en plus à s’insérer comparativement au niveau bac + 2, l’exigence de qualification ne cessant de croître. Mais l’objectif de 50% d’une classe d’âge titulaire d’un diplôme d’enseignement supérieur ne sera pas atteignable en écartant par l’échec (universités) ou la fermeture des formations supérieures courtes (IUT et dans une moindre mesure STS 1), des jeunes qui n’avaient pu accéder durant les années lycées aux formations généralistes. Il serait suicidaire de se priver de cette jeunesse et de n’offrir comme avenir qu’une société verrouillée. Il faut donner une ambition, développer des pédagogies adaptées, fondées sur les acquisitions liées à leur formation antérieure, dans une démarche moins conceptuelle, centrée sur la logique de projet. L’apprentissage et l’alternance sont de nature à favoriser l’encadrement de ces néobacheliers.
L’initiative du Cnam, avec la création de l’école Vaucanson, est une réponse à cet enjeu. En élaborant des formations de niveau licence en apprentissage, en mobilisant les acteurs économiques, en nouant des partenariats avec les écoles d’ingénieurs, il est proposé de dépasser les représentations éculées du travail manuel et de porter les étudiants au plus haut niveau de compétences. Les régions doivent prendre des initiatives. Par les contrats de plan régionaux de développement des formations professionnelles en cours d’élaboration avec l’Etat, elles doivent veiller à l’accès des bacheliers technologiques et professionnels aux STS et IUT et à un accompagnement pédagogique adapté pour des jeunes qui, lorsqu’ils souhaitent poursuivre, ne manquent ni d’ambition ni de motivation.





