Un pacte républicain pour l’école

L’Ecole est objet de conflits et de polémiques en toutes circonstances, mais particulièrement dès lors qu’un gouvernement prétend la réformer.

 

La droite au pouvoir, n’a eu et n’a de cesse de briser le système éducatif, pour des raisons idéologiques. Son but, perpétuer les injustices et conforter les inégalités sociales. Bien sûr, tel n’est pas son discours, mais telle est sa démarche.

Il faut ajouter qu’elle a souvent été soutenue dans sa démarche par des forces conservatrices de gauche, qui au nom d’un élitisme républicain, ont objectivement poursuivi le même destin.

Quant à la gauche, ses volontés transformatrices se sont souvent heurtées à des blocages syndicaux, politiques ou provenant des étudiants.

Ainsi, le système est toujours aussi injuste, élitiste, inefficace pour les plus démunis et peu valorisant pour des enseignants qui sont trop souvent la cible de critiques infondées.

Alors que faire pour que cela change et pour que l’espoir renaisse enfin ?

L’idée d’un « Pacte éducatif avec la nation » est une bonne idée. Mais sa mise en œuvre suppose d’être assez précis, notamment sur deux questions : Un pacte éducatif pour quoi faire et un pacte éducatif avec qui ?

I - Un pacte éducatif pour quoi faire ?

Sans décliner dans le détail le contenu du pacte, il convient toutefois de définir précisément quelques axes autour desquels il se déclinera :

Tout d’abord, il convient de  préciser la finalité de l’Ecole.

Pour les socialistes, l’Ecole, doit être le lieu et l’outil de la démocratisation, de la socialisation, de la construction de la société du vivre ensemble. L’école doit permettre à chaque jeune d’aller au maximum de ses possibilités ou potentialités. Il ne s’agit pas de courir après une égalité des chances qui n’existe pas et ne peut exister, mais en revanche de mettre fin au déterminisme social, culturel ou d’origine.

L’objectif doit être inscrit comme le fondement d’une démarche et plus encore d’une politique, qui différencie la gauche de la droite. Affirmer cette ambition implique d’en tirer toutes les conséquences, en termes de budget, de structure de contenus, de formation des enseignants, de prise en charge de la difficulté scolaire.

Ainsi, l’effort doit être concentré sur la petite enfance à travers l’école maternelle. Celle-ci doit devenir obligatoire, au même titre que l’école élémentaire.

Il s’agit également de  revoir la transition entre l’école primaire et le collège afin de  créer une véritable continuité éducative en terme de contenus d’enseignement et de méthodes ainsi que d’encadrement pour déboucher sur l’acquisition d’un vrai socle commun de connaissance et de compétences. La formation des enseignants pour cette partie de la scolarité  obligatoire doit être unifiée.

Au lendemain de la libération, les professeurs Langevin et Wallon, définissaient ainsi l’école qu’ils appelaient de leurs vœux dans le cadre des travaux du Conseil National de la Résistance et qu’ils décrivaient dans leur plan de la manière suivante :

« La possibilité effective, pour les enfants français, de bénéficier de l'instruction et d'accéder à la culture la plus développée, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance, mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires. »

Certes, la situation d’aujourd’hui est différente, mais elle est probablement plus complexe et les défis à relever sont immenses.

Mais l’école ne se termine pas avec  la fin du collège. Si l’acquisition d’un socle commun est une ardente obligation, cela doit aller de pair avec un processus positif d’orientation et non de sélection ou d’orientation par l’échec.

Avoir posé, en son temps,  l’égalité des trois voies, professionnelle, technologique et générale, n’a pas  suffit. Encore fallait il le confirmer dans et par  les politiques éducatives. Force est de constater que la voie générale l’emporte sur les deux autres.

Alors, il convient là encore, de concentrer effort et moyens, sur des voies qui doivent devenir celles de l’excellence, en revalorisant les enseignements technologiques et professionnels, mais aussi, en mobilisant les entreprises qui doivent être partie prenante  de cette ambition.

Le lycée et l’université doivent poursuivre l’œuvre émancipatrice de l’école primaire et du collège. A ce stade, l’ambition voudrait que sous des formes qui peuvent faire l’objet d’aménagements, la scolarité obligatoire soit portée à 18 ans.

Cela crée des obligations à l’institution scolaire mais aussi aux jeunes et à leurs familles.

Il faut également repenser certaines formes d’enseignement que l’Ecole regarde encore avec méfiance comme l’apprentissage.

Enfin, il faut cesser de croire que l’on apprend tout à l’Ecole ou que tout est fini après l’Ecole. Il faut cesser de penser que l’Ecole   peut tout, même si elle peut beaucoup.

Si la formation initiale est indispensable, si elle doit atteindre l’objectif majeur de démocratisation, il nous faut affirmer que l’éducation est œuvre de toute une vie.

C’est l’Ecole de la formation permanente qui s’articule et complète la formation initiale et qui doit être conçue à la fois comme complément, ou comme rattrapage.

 

II - Un pacte éducatif avec qui ?

Définir un projet, une ambition, concevoir une ou des réformes, suppose qu’avant même d’accéder au pouvoir, les partenaires soient clairement identifiés.

Il ne saurait y avoir de hiérarchie, mais un pacte de cette nature et pour cette ambition, « donner à chaque jeune les moyens d’atteindre le maximum  de ses potentialités » suppose un pacte avec la nation, avec le peuple.

Le pacte conclu avec le peuple, devra se décliner par un pacte avec les enseignants et plus particulièrement avec les organisations syndicales représentatives, les parents, les élèves et les étudiants.

- Les enseignants :

On ne change pas l’école sans ceux qui  la font au quotidien. La réussite éducative ne passe pas obligatoirement par une augmentation des moyens, mais à l’inverse, la diminution des moyens ne garantit pas une meilleure éducation.

Alors dans un budget qui sera nécessairement contraint par une situation économique dégradée, il faudra faire des choix et en même temps affirmer des principes. Celui de la priorité, politique et financière, pour l’éducation  doit être clair.

En même temps, la concentration des moyens sur l’école maternelle et élémentaire ainsi que sur le collège, doivent constituer la priorité des priorités.

Ainsi, il conviendra de mettre en œuvre une vraie redéfinition des services des enseignants et de tous ceux qui participent à l’acte éducatif.

Le soutien, les cours individualisés, la prise en charge collective de la difficulté scolaire doivent s’inscrire dans le service normal des personnels de  l’éducation nationale. Ce qui a été mis en place, comme soutien, doit être revu et amplifié, de telle sorte, que cela devienne un acte naturel et non une charge pour des enseignants qui passent plus de temps dans des tâches d’organisation que de soutien !

Par ailleurs, la formation des enseignants doit être totalement revue. Le choix de secondariser et de confier exclusivement à l’université la formation des enseignants est une catastrophe.

Le fait de mettre sur le terrain des enseignants qui n’auront eu, aucune formation professionnelle est un crime perpétré à l’encontre des jeunes générations. Enseigner est un métier. Comme tout métier il s’apprend.

La formation de l’enseignant ne peut être universelle et exclusivement universitaire, mais adaptée au niveau d’enseignement et grandement professionnalisée.

Cela ne remet en cause nullement l’égalité de statut de tous les enseignants de la maternelle au baccalauréat. Une égalité qu’il faut confirmer et qu’il faut rendre réelle entre les enseignants des premier et  second degré.

Par ailleurs, la redéfinition des services, la formation professionnelle des enseignants, l’unité du corps, l’effort demandé à chacun dans la mise en œuvre du pacte Républicain pour l’Ecole, nécessitent revalorisation financière et morale d’un métier, sous rémunéré et finalement assez peu considéré.

- Les parents :

Les parents ne peuvent être laissés en lisière de l’Ecole. Ce sont les premiers éducateurs des enfants et ils en sont les premiers responsables. Ils doivent  participer à la mise en œuvre des mesures qui concerneront  l’ambition que nous avons pour l’Ecole. Mais leur responsabilité ne peut être minimisée dans l’éducation des enfants. Il ne peut y avoir d’un côté l’école qui échoue et de l’autre des parents qui n’auraient aucune responsabilité dans l’éducation et l’instruction des enfants.

Dès lors, la mobilisation des parents autour du pacte éducatif est une ardente obligation.

Nous savons bien sûr, que les différences sociales ou d’origine, constituent un lourd handicap.

Mais les parents par le biais de stratégies qui demeurent à inventer, doivent à leur place, participer pleinement à l’acte éducatif.

- Les élèves :

Enfin, il y a les élèves eux mêmes et plus globalement la jeunesse. L’ambition du pacte éducatif est de faire du jeune l’acteur central de sa formation et donc de son destin.

Il n’y a dans cette expression, ni laxisme, ni flatterie. L’acteur central de l’Education, celui autour duquel s’organise le système éducatif est le jeune. Il y a donc une démarche qui doit prendre sens dès l’école maternelle et qui ne prend fin, au bout du compte qu’au sortir de la vie professionnelle. L’enfant ou le jeune doivent être éduqués à  prendre leur destin en main.

Ils doivent toujours comprendre le sens de leurs actes et la finalité de l’Ecole. Il ne saurait y avoir mélange des genres entre les enseignants, les parents et les jeunes. Chacun à sa place  doit être acteur de la démarche éducative.

Ainsi, un pacte républicain pour l’Ecole, prend tout son sens. Il est  la priorité des priorités.

Sa réussite détermine, l’avenir de la Nation, l’émancipation du peuple, le progrès social technologique et culturel. Il est la base de toute politique de gauche et donc de progrès..

Sa réussite, dépend étroitement de la clarté des propositions, de la fermeté de la démarche de la validation populaire et de la pédagogie, dont le Président de la République et son gouvernement devront faire preuve.

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