Egalité et justice sociale au XXIe siècle

Il ne suffit plus de donner le droit au travail, il faut donner accès au droit au travail. De même, il ne suffit plus de donner le droit à la santé, il faut donner accès au droit à la santé.

La société française, comme les sociétés européennes et américaines, est traversée d’une multitude d’inégalités. Ces inégalités proviennent, pour certaines, de la mutation du modèle salarial. Les réponses à apporter ne peuvent plus se fonder sur des grilles de lecture de la société ne tenant pas compte des transformations du monde. Il nous appartient de renouveler le concept d’égalité et, en conséquence, celui de justice sociale.

Les inégalités sociales proviennent en partie de différences de conditions initiales d’entrée dans la vie : classes sociales, revenus, logement, éducation, etc. Ces éléments, contours de la structure sociale, résultent de rapports de forces intériorisés par le corps social. Structurels, ils ne peuvent donc évoluer que sous l’effet, notamment, de changement des rapports de forces.

Outre ces aspects structurels, les individus sont confrontés de manière inégale à des formes de précarité passagères ou transitoires : changement ou perte de travail, rupture familiale, etc. Le phénomène est d’autant plus criant que les corps intermédiaires ne prennent pas la défense de ces personnes. La précarisation devient un risque de rupture d’affiliation, donc un facteur d’isolement.

L’ensemble de ces inégalités suscite un fort sentiment d’insécurité, qui renforce réflexe défensif et individualisme. Celui-ci est même désormais avancé comme un mode d’existence, alors que l’individu est plus que jamais en quête de repères. Dans ce contexte, pour survivre à son isolement, de nouvelles formes de regroupements, communautaires, religieux, ethniques, ou autres, prennent d’autant plus le relais. Le malaise identitaire n’en est que plus difficile.

Dans une société démocratique, l’égalité découle de l’arbitrage que rend la société entre ce qui doit être égal et ce qui peut ne pas l’être.
Il faut donc que la société se donne les moyens de désigner puis d’imposer les domaines qu’elle considère comme primordiaux pour l’égalité.

Une fois posé ce nouveau principe d’égalité, seul un contrat social qui associe, implique, et donc oblige tout le monde et chacun, permettra de définir les domaines dans lesquels la société entend promouvoir l’égalité, et en creux, les inégalités auxquelles elle se résout. Il faut la reconnaissance par chaque personne de ces principes pour forger l’acceptation par tout le monde de l’égalité souhaitée par la société.

Ce choix social des égalités est alors au fondement de la justice sociale. Si chacun adhère aux combats pour les égalités choisies, il saura alors distinguer ce qui juste socialement de ce qui ne l’est pas.

S’il y a tout à gagner à participer largement aux mutations du monde, par temps de crise ou pas, on ne peut en revanche laisser les individus affronter seuls des mouvements aussi violents. Si l’on veut que l’ensemble de la société profite pleinement de ces transformations, il est indispensable que chacun se sente protégé.

Il ne peut y avoir de justice sociale dans l’incertitude et le sentiment d’insécurité. Il ne peut y avoir de justice sociale si l’individu fait face seul aux règles du marché.

L’intégration sociale passe ainsi par un contrat (social) d’assurance accessible à chacun. L’emploi est à ce titre le vecteur d’intégration et de protection sociale le plus puissant qui soit. Il ne suffit plus de donner le droit à ce contrat assurantiel, il faut donner accès à ce droit.

Il ne suffit plus de donner le droit au travail, il faut donner accès au droit au travail.
De même, il ne suffit plus de donner le droit à la santé, il faut donner accès au droit à la santé.

Donner accès aux droits dans une société individualisée, c’est mettre en place les moyens de sortir chaque personne de son isolement, lui donner accès aux moyens de son autonomie.

Donner accès aux droits : l’égalité des capacités

Ce changement de paradigme suppose la mise en place de dispositifs d’égal accès et d’appropriation de l’information. Ces dispositifs doivent avoir une portée à long terme. Seule la puissance publique semble en mesure d’apporter ce cadre collectif.

L’égalité des capacités va donc plus loin que l’égalité des chances. Cette dernière, d’inspiration libérale, qui est au fondement de l’idéologie de droite, place sur une même ligne de départ les individus, négligeant les conditions précédant l’alignement sur la ligne de départ. L’égalité des chances entérine ainsi implicitement l’idée de la responsabilisation de la réussite. Par conséquent, le riche serait riche grâce à son travail. Le pauvre serait pauvre parce qu’il n’aurait pas « assez travaillé », et il ne tiendrait qu’à lui de se sortir de sa situation.

« L’égalité des capacités » ajoute à cet effort indispensable, l’accompagnement de chacun dans sa trajectoire personnelle, en lui offrant de manière permanente les moyens de son épanouissement, de sa progression, de sa participation au projet collectif, en somme de son émancipation.

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