L'éthique républicaine
Article publié sur Le Monde.fr
La liberté, l'égalité et la fraternité sont les trois piliers incontournables de la République et de son éthique. Voilà plus de deux cent ans que ces principes se dressent contre le despotisme, l'injustice, la xénophobie et contre toutes les formes de discrimination et d'intolérance. Si ces valeurs universelles, inscrites dans la Constitution, paraissent désormais unanimement reconnues dans leur principe, elles sont pourtant malmenées voire déniées dans les faits.
L'éthique républicaine ne saurait se réduire à la morale mais engage la responsabilité de chacun dans les domaines d'intérêt commun. Son objet, le bien commun, ne peut exister sans la conscience d'appartenance à une même communauté de destin.
L'histoire de France nous a enseigné que le respect de cette éthique n'était jamais définitivement acquis, qu'il pouvait même être fortement menacé. L'affaire Dreyfus fut le point de rupture régénérateur de l'éthique républicaine, l'événement référentiel de la frontière entre le principe de justice et le fait d'arbitraire. Au moment où la raison d'Etat remettait en cause son propre cadre juridique et philosophique, les républicains y ont opposé la résistance civique. Ce sont ces mêmes républicains qui, un siècle plus tard, en 2002, se sont levés par milliers face au danger que représentait alors la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle.
Ainsi, l'éthique républicaine, qui plonge ses racines dans la mémoire sociale des injustices, ne vaut et ne prévaut que dans la mise en pratique incessante des deux principes intangibles de justice et d'égalité, une justice indépendante de toute interférence politique, une égalité exempte de toute manipulation discriminatoire.
Le discours de Grenoble, en inventant une catégorie de Français d'origine étrangère, porte gravement atteinte au socle constitutionnel, qui établit l'égalité entre tous les citoyens, sans aucune distinction. L'éthique républicaine est la ligne de crête où se rejoignent les deux versants de la liberté et de l'égalité.
Le mode de gouvernement porte inévitablement l'empreinte morale, émancipatrice ou rétrograde des dirigeants qui exercent le pouvoir. Dès lors que ces deux principes universels de liberté et d'égalité sont respectés, la collectivité garde la faculté de changer les règles d'application pour être en phase avec les transformations de la société, l'évolution des mœurs et l'avancée des connaissances.
La démocratie, pour être au diapason avec l'éthique républicaine, doit en finir avec la notion d'appartenance ethnique, l'instrumentalisation politique de la diversité et toute différenciation entre les citoyens. Le droit à la différence s'avère être à double tranchant. Il peut se transformer, par son exploitation machiavélique, en différence des droits. L'extrême droite agite le droit à la différence pour justifier la préférence nationale. L'identité nationale se caractérise par la volonté de s'enfermer dans un modèle culturel unique qui exclut toute diversité organique.
En proposant de faire la déchéance de la nationalité la sanction pénale suprême pour les Français d'origine étrangère puis en stigmatisant les Roms, le président de la République a tourné le dos avec une violence inégalée à l'éthique républicaine. Sur des questions aussi essentielles, il n'y a plus d'hommes et de femmes de gauche ou de droite, il y a les républicains et puis les autres. Je suis ardemment de ceux – et nous sommes nombreux – qui pensent qu'il n'est pas nécessaire d'affaiblir les principes de la République pour garantir la protection de nos concitoyens.
Faouzi Lamdaoui
Ancien secrétaire national à l'égalité du Parti socialiste





