L'Afrique subsaharienne va décoller économiquement
Il est important au moment où se dessinent les prémices d'un décollage économique de l'Afrique subsaharienne (6 % de croissance par an en moyenne) de se donner les moyens d'une vision prospective et dynamique et de se débarrasser des oripeaux idéologiques sous-tendus par la Françafrique.
Si l'on s'accorde à écrire que l'Afrique subsaharienne après les dragons asiatiques va inéluctablement décoller, alors il faut se donner les moyens d'agir.
La nouvelle donne à prendre en compte, c'est l'avènement de la démocratie en Guinée dernièrement et depuis quelques temps au Sénégal, au Mali, au Bénin, au Ghana. Bien sûr, la crise ivoirienne montre qu'il reste du travail à accomplir pour asseoir définitivement ou du moins plus solidement la démocratie et la paix en Afrique subsaharienne.
Comme François Mitterrand l'avait préconisé à La Baule, la bonne gouvernance des états africains doit être au cœur des préoccupations du prochain chef de l'Etat Français.
En effet la diaspora africaine de plus en plus éduquée apporte indéniablement intellectuellement, économiquement, culturellement à la France tout aussi bien qu'aux pays d'origine.
Il suffit d'apprécier les flux financiers des Africains et de leurs proches : 15,63 milliards d'euros en 2010. Cette somme est à rapprocher de celle de l'aide au développement française : 6,2 milliards d'euros.
Il faudra avoir le courage de rompre le cordon ombilical monétaire entre la France et les pays de la zone du franc CFA. Les économistes Africains ont démontré la nécessité d'une politique monétaire indépendante. C'est un mouvement dont l'avènement paraît inéluctable. Les Africains de la CEDEAO vont se doter de leur propre monnaie.
Toutes les statistiques le démontrent : ce sont les pays industrialisés qui profitent de la mondialisation ou globalisation au détriment des pays en voie de développement et particulièrement l’Afrique subsaharienne.
De plus, les règles du commerce international qui imposent, par le biais du FMI, de la Banque Mondiale et de l'OMC, l'ouverture des marchés africains à leurs produits industriels et agricoles subventionnés ont conduit à la faillite des agriculteurs et des entrepreneurs du continent. Ainsi les nouvelles dispositions arrêtées dans le cadre de l'Accord de Cotonou et devant remplacer la Convention de Lomé, fondées sur un libre échange entre l'UE et les ACP ne feraient que creuser davantage le fossé entre l'Afrique et ses « partenaires » du Nord.
Nous devons nous inscrire dans une nouvelle dynamique en étant réaliste et en favorisant le décollage économique de l’Afrique. Nous devons revaloriser l’Aide publique et soutenir nos partenaires du Sud pour favoriser des échanges équitables leur permettant de développer leurs pays respectifs.
L'Afrique subsaharienne a également besoin de grandes infrastructures (eau, énergies, transport routier et ferroviaire, TIC) pour accélérer son développement. L’aide publique au développement doit être réorientée pour les favoriser sans pour autant abandonner les besoins sociaux en termes d’éducation et de santé notamment.
Pour conclure, il faut prendre en considération « l’humain » : une grande partie des Africains et des Français d’origine africaine (Maghreb, Afrique subsaharienne) s’engagent dans des projets de développement sociaux et / ou économiques. Les pouvoirs publics ne prennent pas en compte cette réalité et les citoyens qui les mettent en œuvre. Il faut travailler sur les liens et les projets mis en œuvre ici et là-bas. Ces acteurs du développement et de la solidarité internationale méritent d'être soutenus (et valorisés) à une hauteur raisonnable et digne des efforts entrepris.
Ils agissent pour l’inclusion des Familles africaines au sein de la société française notamment grâce aux adultes-Relais et aux nouveaux métiers qu’ils ont créés dans les quartiers populaires. Il existe des « passeurs de pont » Franco-Africains entre les cultures dans notre pays et nous devons travailler avec eux pour tirer la quintessence des énergies, des cultures, de l’innovation et de la recherche des peuples Francophones.
La grille de lecture politique est à revoir entièrement en favorisant la mixité des regards posés sur les diagnostics réalisés par les uns ( Africains ou Français d’origine africaine) ou par les autres Français de souche.
Nous devons « Faire France » comme le dit Michèle Tribalat. J’aimerais terminer par ce mot d’Amadou Hampâté BA : « Le puissant et majestueux baobab, le roi de la savane est né d’une graine pas plus grosse qu’un grain de café. Nul ne sait de quelle action, apparemment modeste, sortira l’événement qui va changer la face des choses. »
Louis-Mohamed Seye, Membre du Bureau national de la FNESR





