Par Stéphane LE FOLL, Président de Répondre à Gauche. Tribune publiée dans Libération

Je suis consterné de voir partout se multiplier à gauche des ambitions qui ont pour unique but de remettre en cause ce qui a été fait depuis 2012, de contester voire d’empêcher François Hollande d’être candidat. Je regarde aussi à droite et constate toujours plus de surenchères, de propositions brutales qui remettent en cause jusqu’au fondement de la République et de notre Etat de droit.

Voilà la situation dans laquelle on se trouve. Peu de chose, au fond, est dit sur ce qui a été accompli. Qui rappelle qu’en 2012 l’économie française était au point mort, que la dette et les déficits publics étaient au plus haut ? Que l’Europe nous attendait, que les risques d’un dérapage des taux d’intérêts étaient réels ? Qui admettra, à gauche comme à droite, que nous avons redressé ce pays avec sérieux, sans jamais tomber dans l’austérité ? Qui reconnaîtra que face aux multiples menaces auxquelles la France a été confrontée, des moyens considérables ont été apportés à la police, à la justice et à l’armée pour protéger les Français sans jamais renier la moindre liberté fondamentale, le moindre de nos principes républicains ? Dans ce terrible contexte, jamais le chef de l’Etat n’a cédé aux peurs, aux doutes, aux angoisses, au diktat de l’émotion.

Un peu de sérieux. Qu’aurait fait la droite à notre place ? Ce qu’elle dit aujourd’hui, je le prends très au sérieux. Quand Laurent Wauquiez veut enfermer des Français fichés «S» et expulser des étrangers sans qu’aucun crime n’ait été commis, je le prends très au sérieux. Quand Nicolas Sarkozy assimile la Constitution et ses grands principes comme le droit du sol et l’Etat de droit à un vulgaire bout de papier, je le prends très au sérieux. Quant à l’extrême droite, elle attend la division des autres avec la peur en bandoulière. Elle flatte le nationalisme et le retour aux frontières pour affaiblir la France en Europe et l’Europe dans le monde.

Cette remise en cause des principes qui fondent notre République abîmera notre pacte éducatif et social. Ce que la droite prépare, c’est l’abandon de tous les droits acquis depuis 2012. Fini, le départ à la retraite à 60 ans, la prise en compte de la pénibilité au travail, le mariage pour tous, le non-cumul des mandats… Pire encore, avec 150 000 à 300 000 postes de fonctionnaires supprimés en cinq ans, et les 100 milliards d’économies annoncés, ce sont des pans entiers de notre modèle social qu’elle détruira. Quand Alain Juppé propose le report de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, quand Nicolas Sarkozy promet la fin définitive des 35 heures, croyez-le, ces promesses-là seront tenues !

Alors, un peu de sérieux et de lucidité. Nous sommes les seuls garants de notre modèle social. Les Français y sont très attachés, non pas par conservatisme, mais parce que l’école, l’accès à la santé et aux services publics sont pour eux le cœur de la République et une protection inestimable. Ceux qui se plaignent de payer des cotisations sociales sont les premiers à mesurer, face à un accident de la vie, combien il est indispensable d’avoir des structures, des personnels qualifiés, un système de santé égal pour tous. C’est tout le sens de la généralisation du tiers payant et de la complémentaire santé pour tous les travailleurs. Ceux qui trouvent que la fonction publique coûte trop cher sont les premiers à manifester contre la fermeture d’une classe ou d’une maternité. Car l’école, la santé, la culture et l’égal accès au service public participent au patrimoine de chacun.

Penser à notre patrimoine collectif, c’est aussi préparer l’avenir de nos enfants. A ce titre, lutter contre le réchauffement climatique est un enjeu majeur. A droite, pas un mot, pas une proposition, comme si l’avenir de la planète ne se préparait pas aujourd’hui.

Voilà la confrontation qui nous attend. Elle sera frontale avec la droite et non au sein de la gauche. Il restera bien sûr des gens toujours plus à gauche pour rêver un idéal en occultant le réel. L’enjeu ne sera pas le niveau de nos déficits, mais bien la défense des valeurs de la République. Etre de gauche, c’est garantir un modèle social qui protège et permet à chacun de s’émanciper et réussir sa vie. L’enjeu sera l’idée qu’on se fait de la France et non son identité.

La France dans le monde devra résister à toutes les tentations du nationalisme, en portant des valeurs universelles. La France est belle et généreuse. Elle porte et doit continuer de porter ce message de paix, de justice et de démocratie au-delà de ses frontières.

Fidèle à elle-même, elle doit défendre et repenser le projet européen. Nous refusons de considérer l’Europe comme un problème alors qu’elle est une partie de la solution, un rempart contre le nationalisme, une source d’enrichissement entre Européens. Voilà pourquoi je dis eh oh, un peu de sérieux. Pour quelle France vous battez-vous ? Ce sera l’enjeu de 2017.

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