par | 21 Nov 2017

« Pour l’avenir, je choisis Jaurès »

Sommaire
– Introduction

– Les raisons de notre défaite

– Macron : Récit d’une victoire

– La gauche : une histoire et une identité

– Les cinq défis nouveaux à relever

– Un parti à réinventer

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Je choisis Jaurès à un moment où on se rappelle à juste titre Clémenceau. Il a été le « Père la victoire », il a gagné la guerre, Jaurès est mort assassiné pour gagner la paix ;

Je choisis Jaurès parce que quand Dreyfus était accusé, il a choisi « l’humanité » plus que la lutte des classes ;

Je choisis Jaurès car il voulait faire l’Europe, celle qui « libérera les vaincus des servitudes et des douleurs » ;

Je choisis Jaurès parce qu’il s’est battu pour l’égalité et les droits pour tous les humiliés pour la justice sociale.

Le Parti socialiste, après sa défaite, est condamné à se repenser dans son action, son organisation et son identité.

L’enjeu c’est de rester dans l’humanité comme l’a toujours souhaité Jaurès, sans céder au repli, à la haine, aux populismes et aux nationalismes et réinventer un nouvel internationalisme. Dans ce nouveau quinquennat, notre place politique dépend de notre capacité à conjuguer ce que nous avons été dans toute notre histoire avec ce que nous voulons devenir. Rien, dans ce moment si particulier, n’est acquis quant à notre avenir politique, même si nos idées sont aujourd’hui toujours présentes. Elles sont indissociables de l’idée de justice sociale, de progrès partagé, de refus des déterminismes sociaux, d’indignation face à l’humiliation, de notre aspiration à l’ouverture à l’Europe et au monde. Un vaste travail d’introspection doit nous conduire à une analyse de la situation, des causes de la défaite mais aussi des raisons de la victoire d’Emmanuel Macron pour préparer l’avenir de la gauche.

Les raisons de notre défaite

Notre défaite est sans commune mesure avec d’autres défaites que nous avons connues et surmontées. Faisons un petit rappel historique afin de mieux comprendre les raisons de ces échecs. Celle de 1993 nous avait balayés après dix années d’exercice du pouvoir, rappelant que, dans une démocratie, l’exercice du pouvoir n’est pas éternel, même avec François Mitterrand. Nous n’avons pas été jugés sur ce que nous avions fait de bien mais sur ce que nous avions mal fait. En 1993 ce fut un manquement à la transparence dans le financement de la politique. Mais cette phase 1981 – 1993 doit nous rendre modestes face à l’exercice de la responsabilité et aux lendemains qui chantent car il n’y en a pas, en tout cas pas en démocratie. La défaite de 2002 fut l’une des plus douloureuses avec notre absence au deuxième tour. Ce fut une blessure avec le sentiment d’avoir été pleinement de gauche, aux côtés d’un Lionel Jospin intègre et d’une majorité plurielle qui devait nous conforter dans notre unité. L’élection, après les attentats du 11 septembre 2001, l’instrumentalisation du thème de l’insécurité par la droite, le départ de Jean Pierre Chevènement alors ministre de l’intérieur sur la question Corse, nous feront basculer dans l’inimaginabl : l’absence au deuxième tour. Tout ce qui avait été construit s’était effondré. Il restera quand même de vraies avancées sociales mais un sentiment de gâchis, d’incompréhension. Le vrai remords sera donc celui de notre électorat.  Nous remporterons ensuite « exagérément » les élections régionales et européennes de 2004. Tout semblait effacé, tout reprenait comme avant avec beaucoup d’espoir jusqu’au séisme de 2005 sur le traité européen. Ce séisme marquera, au-delà de la synthèse de façade du Mans entre le « oui » et le « non » une fracture fondamentale à gauche, mais plus largement dans le monde politique en liant les voix souverainistes de gauche et de droites avec celles du Front National pour une victoire sans appel du non. Cette campagne sera la première de Jean Luc Mélenchon comme leader.  2007 marquera la défaite du parti socialiste dans les classes populaires séduites par l’idée que le travail payait encore et qu’il était possible de « travailler plus pour gagner plus ». Cette défaite plus qu’honorable de Ségolène Royal aurait pu être très lourde, si à la veille du premier tour, nous n’avions pas su conjurer collectivement la montée de François Bayrou. Ce fut ensuite le temps des réformes injustes avec la réforme du bouclier fiscal à l’été 2007, puis la crise financière de 2008 remettra en cause doucement mais surement l’omniprésence de N. Sarkozy. Les dépenses fiscales élevées creuseront les déficits avec un endettement, accru de 600 milliards d’euros au cours du quinquennat. Politiquement, il finira avec Buisson dans le tout sécuritaire et l’identité nationale. C’est pourquoi, en 2012 :« le changement c’est maintenant » intervient dans une situation économique extrêmement dégradée. Il venait parachever des victoires lors des élections locales. Après un long processus de primaires épuisantes, la victoire de François Hollande laissera dans le parti un goût d’inachevé, amer pour certains, qui sera une des causes des problèmes à venir. Cette primaire posera les fondements des difficultés politiques à venir avec les 17% de Montebourg, les 4 % de Manuel Valls et le deuxième tour de Martine Aubry avec 45%. En effet, la campagne de François Hollande, sans ambiguïté, aura porté tout au long des trois années qu’elle durera sur un axe qui se voulait sérieux sur lea réduction des déficits et de l’endettement, ambitieux et mesuré sur les questions sociales, et sur une présidence « plus normale ».

Les raisons de la défaite de 2017 sont à la fois des divergences croissantes au fil des décennies sur la question européenne et sur l’unité nationale face au terrorisme. La question européenne est devenue centrale à mesure que le débat sur la réduction du déficit budgétaire approchait. Ceux qui voulaient s’affranchir des règles européennes car ils considéraient que l’Europe était le problème se sont opposés au Président qui défendait l’idée européenne sans jamais nier les difficultés de construire un destin commun à 28 nations. Dès le début du quinquennat, l’orientation budgétaire, fondée sur la volonté de réduire les déficits publics fut considérée par les frondeurs comme inutile et imposée par Bruxelles. Toutes les décisions difficiles pour éviter le dérapage des comptes, qui aurait coûté cher, ont ainsi été contestées, discutées avec une lecture simple : il suffisait de s’affranchir des règles européennes pour redonner économiquement les moyens à la France de régler ses difficultés et conduire le pays avec certitude vers le retour de la croissance et de l’emploi dans une logique Keynésienne traditionnelle. Déjà, en 1983, le tournant de la rigueur et la théorisation politique par Lionel Jospin de la fameuse « parenthèse » était considérée comme une remise en cause de la tradition Keynésienne de la croissance par la demande. De même, la politique du « franc fort » de Pierre Bérégovoy tournait le dos aux dévaluations compétitives qui coûtaient cher à la France face au mark et à l’Allemagne. Les socialistes portés par François Mitterrand ont choisi l’Europe plutôt que l’aventure solitaire et ils ont eu raison. La parenthèse fut ouverte en 1983 et jamais refermée. Mais elle ne fut jamais acceptée par une partie de la gauche et du PS qui sont tombés dans les bras du souverainisme. Déjà l’idéologie « anti-européenne » faisait craindre de nombreuses divisions au sein de notre famille politique. Au fur et à mesure de l’interpénétration de notre économie avec celles de l’Europe et du monde, de la création de l’euro, il devenait impossible de fermer la parenthèse sans risque majeur pour la France. Sortir de l’Europe aurait des conséquences bien pires que d’y rester dans le but de la faire évoluer et changer. Ainsi en 2012, le rapport Gallois a été sans appel : la perte de compétitivité de notre économie condamne la France à moyen terme. La situation de notre industrie a justifié le pacte de responsabilité et le CICE et les résultats économiques d’aujourd’hui sont là pour prouver que les choix étaient les bons. Il ne sert à rien de reprocher à l’Europe ce qui ne dépend pas d’elle et rien ne pourra faire comprendre ce choix de politique économique à qui ne veut pas prendre en compte l’économie de marché, ou le marché tout court. La fronde s’est structurée sur cette divergence de fond.

Une autre divergence idéologique est apparue sur l’unité nationale à travers la déchéance de nationalité comme réponse au actes terroristes à Paris le 13 novembre 2015. On ne peut pas comprendre tout ce processus si on ne tient pas compte de l’irruption inédite et dramatique du terrorisme de masse. Pour la première fois, l’intensité barbare et la fréquence des attentats a été sans précédent (Merah, Charlie Hebdo, Bataclan, Nice…). Dès 2013, la guerre est engagée par François Hollande (Mali, Syrie, Irak) et les victoires d’aujourd’hui sur Daech se jouèrent à ce moment-là.  Laurent Fabius en chef de la diplomatie conclut, dans cette période si grave, avec les Etats-Unis d’Obama, l’accord historique sur le nucléaire Iranien dans un équilibre diplomatique au Moyen-Orient, sans précédent. La force de cette diplomatie offensive et juste, en particulier vis-à-vis de l’Afrique, du proche et du Moyen Orient, le respect dû à la Chine et à l’Inde permit l’accord mondial inespéré sur le climat. La France fut au cœur de la diplomatie mondiale durant cinq ans et François Hollande aura été à la fois ferme contre le terrorisme et bienveillant avec les français et les victimes. Manuel Valls aura incarné l’autorité, la lutte résolue contre le terrorisme et le salafisme mais se sera enfermé dans ce rôle qui lui a coûté cher en fin de quinquennat. Bernard Cazeneuve aura exercé son rôle dans un mélange impeccable de calme et de retenue alliés à  une détermination sans faille. Christiane Taubira et Jean Yves Le Drian auront participé à un dispositif salué par l’ensemble des Français. Grâce à la fermeté, le souci de l’unité, le basculement vers l’irréparable fracture de la République aura été conjurée. C’est un fait qui n’est pas assez souligné car on oublie bien vite qu’avec une telle barbarie, en plein cœur de Paris et ailleurs, tout était possible. On ne peut pas regarder la séquence de la réforme constitutionnelle, la déchéance de nationalité sans mesurer qu’à la veille des régionales nous étions au bord du gouffre et le discours de Versailles permit l’unité nationale et la République résista. La vague bleue marine qui aurait pu déferler sur notre pays n’eut pas lieu. Il s’en est fallu de peu après le premier tour des régionales mais les socialistes, fidèles à leur engagement de toujours, ont appelé à voter pour la droite Républicaine au second tour dans trois régions. L’opposition de la droite sénatoriale en particulier, a contribué à faire échouer la réforme constitutionnelle.  Le discours de combat Républicain à Versailles conclu par la Marseillaise chantée par tous les parlementaires s’est terminé par une reddition à l’ElyséeLe Président de la République, seul au pupitre devant le secrétaire général de l’Elysée et le porte-parole du gouvernement, annonça qu’il retirait son projet de réforme constitutionnelle. Pour moi, tout était dit et je savais que cet échec serait lourd de conséquences. Les deux causes cumulées de la fronde sur la question européenne et de l’échec de la réforme constitutionnelle à travers un débat raté sur l’identité nationale auront affaibli de manière profonde la portée du quinquennat.

Macron : Récit d’une victoire

Le parti socialiste ne pourra se relever que s’il analyse également les raisons du succès d’Emmanuel Macron. Or, la tradition des socialistes est plutôt de considérer qu’on a perdu « parce qu’on n’était pas assez à gauche » sans jamais chercher à comprendre pourquoi les autres gagnent ce qui n’est pourtant pas sans intérêt. Emmanuel Macron commence son duel à distance avec Manuel Valls au moment des attentats, en prenant le contre-pied du discours de combat du Premier Ministre. Cette compétition se poursuit avec la préparation de la loi travail. Choix assumé par le Président qui donne lieu à une course au réformisme, jusqu’à atteindre un point de rupture avec les syndicats réformistes eux mêmes. Le 49/3 parachève l’œuvre qui conduit à la réaction d’une partie de la gauche. Myriam El Khomri prend la charge politique avec courage. La pression des syndicats réformistes et l’action des députés de la majorité redressent la barre.  De nouveaux droits sont ainsi ajoutés : le compte pénibilité pour la retraite, le compte personnel d’activité pour la formation tout au long de la vie et l’assouplissement de la négociation dans l’entreprise avec un renforcement de la présence syndicale (grâce au mandatement syndical voté lors de la loi Rebsamen). Ce projet ne méritait pas la brutalité de la réponse de la CGT et de FO. La gauche se fatigue elle-même sans se rendre compte que la moitié de la France attend qu’elle s’épuise. Cette loi mal présentée, objet d’une lutte sourde dans un calendrier inadapté alors que nous sommes déjà entrés dans la campagne présidentielle, accentue une fois encore les fractures au sein de la gauche. Paradoxe de l’histoire, elle offre à Emmanuel Macron, initiateur de la loi sans avoir à la porter, la possibilité de préparer sa candidature à l’abri du tumulte.  

Ainsi, rien n’arrête le long processus qui conduit à l’empêchement de Hollande. Sa faiblesse aiguise encore un peu plus les candidatures. Celle d’Emmanuel Macron bien sûr, celle, possible, de Manuel Valls comme alternative en tant que Premier ministre, mais aussi, comme si cela ne suffisait pas, celle des frondeurs. Arnaud Montebourg se rappelle au bon souvenir de tous en imposant à nouveau les primaires au parti socialiste. Celles-ci sont un nouveau défi pour le Président lui-même, qui ne s’y présente pas, laissant Arnaud perdre face à son allié de Frangy, Benoit Hamon. Benoit Hamon, ancien ministre et numéro trois du gouvernement, qui avait signé une motion de censure contre le gouvernement de Manuel Valls, acte finalement un divorce qui le conduit à une campagne tournant le dos à cinq années d’exercice du pouvoir et des responsabilités.

La victoire de Macron n’était pas écrite mais bénéficiait alors d’un contexte d’affaiblissement sans précédent du Président sortant, des deux partis de gouvernement et d’une pénétration forte des idées du FN dans l’opinion qui rendait propice un retour, comme le dit Marcel Gauchet, aux sources de la Vème pour un coût politique sans précédent : la rencontre d’un homme avec les français au-dessus, mais plus encore, sans les partis. Rappelons-nous, au commencement des futures présidentielles, il y avait Alain Juppé, en haut des sondages et une droite certaine de l’emporter, Marine Le Pen sûre d’être au second tour, une gauche perdue et déboussolée où seul émergeait l’insoumis Mélenchon. Emmanuel Macron incarne alors la nouveauté, une surprise pour ceux qui, face au Brexit et à l’élection de Trump, veulent de l’optimisme et non le repli souverainiste et nationaliste, encore moins d’une droite qui, avec la désignation de François Fillon, se droitise à l’excès. Au discours sur la menace terroriste qui occupait depuis plus de deux ans le gouvernement, Emmanuel Macron, membre du gouvernement, offre une échappatoire politique puissante. Le boulevard lui a été ouvert à la veille du 14 juillet 2016 lorsqu’il réunit 3000 personnes à la Mutualité pour annoncer quasiment sa candidature. La fin du quinquennat était écrite, les primaires ne changeront rien à l’affaire, elles ont servi de reflexe identitaire à des sympathisants qui cherchaient à balayer les sortants qu’ils soient anciens premiers ministres ou anciens présidents. Dans ce contexte, la victoire de Benoit Hamon correspond parfaitement au moment politique de renouvellement et d’empêchement, celui de Manuel Valls. Très vite, l’enfermement de Benoit Hamon dans les veilles tambouilles de négociations sans fin avec Mélenchon et sans objet politique avec les verts crédités de « 1% », tuèrent l’élan de la primaire et celle de la promesse du revenu universel. Ce projet fut très vite mal perçu par l’électorat populaire car il donnait l’impression d’un renoncement à l’idée de travail et d’injustice entre ceux qui travaillent et ceux qui vivent des aides de l’Etat.  Le résultat est sans appel : 6,36 %.

2017 est une élection qui a bouleversé les équilibres politiques traditionnels et qui renvoie les partis à leur propre insuffisance et leur manque d’unité en créant un clivage sur l’optimisme et le retour aux sources du projet européen. Il faut donc plus que jamais des Socialistes capables d’incarner la gauche de gouvernement, une gauche de responsabilité, réformiste au fond, fidèle à son histoire de toujours et porteuse d’un nouvel internationalisme. 

La gauche : une histoire et une identité

Je ne pense pas que le clivage « gauche / droite » soit dépassé ou bien qu’il n’existe pas. Au contraire, je crois que le parti socialiste doit , plus que jamais, revendiquer son histoire et ses valeurs qui sont les fondements de sa modernité.

Le socialisme démocratique est-il toujours une idée neuve ? A-t-il perdu toute pertinence politique dans la mondialisation d’aujourd’hui, comme le pense Dominique Strauss Kahn ?  Ou bien comme l’a dit lui-même le Président de République en vantant le modèle Suédois, a-t-il gagné sa bataille du compromis social dans l’économie de marché terminant ainsi son cycle historique. La fin des grandes idéologies laisse-t-elle place, au fond, à  la conquête de droits nouveaux, dans une forme libérale et individualiste de la mondialisation ? Vastes questions qui ne trouvent de réponse à mes yeux qu’à l’échelle de l’Europe et du monde, en revisitant « l’humanité » chère à Jaurès.

Dans cette énergie nouvelle à trouver, le socialisme doit réinventer l’aspiration collective, internationaliste, celle qui ambitionne de lier la dimension universelle de l’intérêt général ou global des Hommes avec celle des destins individuels et territoriaux. Car chaque être humain n’est pas en capacité d’être comptable du destin de tous : il faut une idée, une idéologie qui rassemble et porte la solidarité pour construire le progrès social.

Nous serons toujours attachés à l’internationalisme, c’est-à-dire à l’intérêt que nous portons à tous les destins humains et à l’intérêt même de la planète. Nous refusons ainsi les nationalismes et les souverainismes qui enferment et réduisent l’ambition du progrès dans des frontières, qui deviennent un jour des murs. L’histoire de l’Europe et du fascisme, le Brexit et l’élection de Trump devraient faire réfléchir chacun d’entre nous. Les choses sont allées aussi loin que possible dans cette fracture entre nationalistes, souverainistes et les défenseurs d’un idéal transnational.  Le Brexit, l’élection de Trump qui concrétisent cette promesse du repli, de la rétractation derrière les frontières permettent, pour une fois, d’en visualiser les conséquences. « Le nationalisme c’est la guerre » disait  François Mitterrand en décembre 1995 lors de son dernier discours devant le Parlement Européen. Nous sommes, à ce titre, des européens, car, à gauche, il ne peut y avoir d’internationalisme sans Europe dans sa dimension non pas « post nationale » mais « post nationaliste ». C’est une des grandes divergences que nous avons avec la France insoumise dont le nom même laisse penser que la France serait soumise. A qui ? A l’Europe bien sûr et plus largement au monde et au capitalisme. Mais les nations ne peuvent pas être le seul destin commun des hommes. De même les régionalismes, qui sont une part d’identité de chacun, ne peuvent pas avoir comme seul projet leur accomplissement par l’indépendance et par la création de nouvelles frontières.  La France dans son destin national a une vocation universelle, c’est sa force. C’est l’idée de la France que nous devons porter comme le disait De Gaulle.  Mais derrière la devise magnifique de la République « liberté, égalité, fraternité » comme le disait Aimé Césaire il y a toujours l’émergence possible de l’identitéCe que nous portons c’est une identité ouverte, forte parce qu’elle ne se replie pas dans l’exacerbation des différences, dans le racisme l’antisémitisme, comme autant de confrontations possibles mais au contraire comme un dépassement toujours indispensable des passions identitaires. Le socialisme, comme le disait Jaurès, c’est la République jusqu’au bout. 

La réussite collective, l’aspiration à l’égalité, condition de la réussite individuelle dans toutes ses formes et pas seulement celle de la réussite économique, c’est ce qui nous différencie de la République en Marche et d’Emmanuel Macron qui ont fait de la réussite économique un objectif en soi. C’est une bataille cruciale dans nos sociétés développées, matérialistes et individualistes.

Le socialisme dans son renouvellement conceptuel doit prendre en compte l’engagement universel, de lutte contre les inégalités avec une nouvelle articulation entre la politique monétaire et son complément indispensable une nouvelle politique budgétaire d’investissement public et privé, une nouvelle stratégie de redistribution. Pas uniquement mesurer à l’aune de soutien au pouvoir d’achat mais dans une distribution patrimoniale qui prend en compte tous les facteurs de sécurisation des parcours de vie, de construction d’un patrimoine collectif partagé et d’un patrimoine individuel d’émancipation. Au fond, le socialisme c’est la prise en compte du destin tout entier de l’humanité dans ses combats pour l’écologie, la lutte pour les droits de l’Homme, la lutte pour le développement, le progrès, la lutte contre la barbarie, pour la paix, pour la bonne gouvernance contre l’exacerbation des passions, des peurs comme d’ailleurs de la cupidité. Nous concevons la réussite comme une quête de sens et l’internationalisme comme une valeur historique et moderne du socialisme.

Les cinq défis nouveaux à relever

L’avenir de la gauche et du socialisme passe par cinq grands défis : l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique ; le destin de l’Europe ; la lutte contre les inégalités notamment patrimoniales ; la laïcité et le défi démocratique dans la République.

L’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique, premier grand défi à relever. C’est parce que nous sommes internationalistes que nous avons à cœur de mener la bataille de la lutte contre le réchauffement climatique, de la préservation de la planète, de l’engagement pour la biodiversité.  Que reste-t-il de cet engagement si on le réduit à une planification nationale ? Rien.  Pire, si avec des discours nationalistes comme « l’Amérique d’abord » on refuse de prendre sa part de l’effort pour sauver l’humanité. Que reste-t-il de cette lutte ? Encore une fois  : rien. L’écologie n’est plus une question politique nationale, elle est devenue un engagement international, « citoyens de tous les pays unissez-vous ».  Le marché ne peut pas résoudre ce problème. L’environnement nous coûtera cher lorsque nous serons arrivés à l’épuisement de sa propre capacité à se renouveler, c’est-à-dire trop tard.  Il faut donc agir vite. La COP 21 fut le point de départ d’une conscience internationale. Sans la détermination de la France avec une diplomatie ouverte le succès n’aurait jamais été possible. C’est une leçon que certain à gauche et à droite oublient, ou ne veulent pas voir, en se drapant dans le confort de l’opposition, du jamais suffisant, jamais assez, donnant ainsi la mesure de leur incapacité à assumer des responsabilités qui imposent des compromis, surtout à l’échelle mondiale. La transition doit se faire vers une économie décarbonée, vers les énergies renouvelables, vers la bio économie et l’agroécologie, à travers l’intensification de l’énergie solaire et de la photosynthèse. J’ai lancé l’initiative « 4 pour 1 000 » qui a pour but de stocker le carbone dans les sols, d’utiliser les arbres pour l’agroforesterie et permettre ainsi de diminuer le carbone dans l’atmosphère. N’opposons pas la lutte contre le réchauffement climatique avec la recherche du bien vivre et du confort : les deux sont possibles encore faut-il inventer de nouvelles méthodes.

L’efficacité énergétique est la clé pour lever une ambiguïté fondamentale depuis le début de l’écologie politique, celle entre la décroissance et la prise en compte de l’environnement. Autrement dit par Pierre Rabhi « la sobriété heureuse » et l’écologie. Dans ce dilemme, les mots ont un sens et une charge émotionnelle. Sobre ou efficace : est-ce la même chose ? Mais au fond, le gaspillage n’est ni efficace ni rationnel. Cela vaut au niveau individuel comme à celui d’un pays, ou de la planète. Le confort n’est pas l’ennemi de l’environnement, la croissance non plus à une seule condition, être efficace collectivement et pas seulement sobre individuellementC’est comme cela que l’on trouve les ressources et les gains de productivité nécessaires pour redistribuer différemment et poursuivre sur le chemin d’une croissance nouvelle que j’appelle « la croissance sûre », celle qui va permettre d’assurer la production de richesse nécessaire au progrès de tous, en particulier, des perdants de la mondialisation. 

Le deuxième défi est celui du destin de l’Europe. Je garde à l’esprit ce message de François Mitterrand lors de ses vœux à la nation en janvier 1995 : « ne dissociez jamais la liberté de l’égalité. Ne séparez jamais la grandeur de la France de la construction de l’Europe. »

Notre internationalisme ne se pense pas, là encore, sans mesurer la réalité celle de la puissance de la Chine, de l’Inde, du décollage erratique de l’Afrique, du retour des empires russe et turque, de l’isolationnisme de l’Amérique de Trump. Mais aussi, des menaces qui mettent l’Europe à l’épreuve, celle du terrorisme, de la pression migratoire. Au fond l’Europe et la France sont au cœur des tensions et appellent plus que jamais de la force et de la solidarité dans les réponses.

C’est pourquoi, je ne crois pas à la fin de la sociale démocratie en Europe, contrairement à certains responsables politiques, si on projette notre sociale démocratie comme un destin plus vaste à l’échelle planétaire.  Elle doit s’affirmer au moment où les populismes et les nationalismes agitent les peurs, en défendant une Europe solidaire face au défi migratoire, solidaire en son propre sein et solidaire avec ses voisins. Cela n’a de sens que si l’Europe s’engage dans une formidable action de développement, de stabilisation des pays de tout le pourtour méditerranéen et de l’Afrique. Il faut pour cela un budget européen avec une vraie recette financière. La taxe sur les flux financiers doit financer une grande politique de développement. La finance au service du développement : c’est notre engagement. Avec le réchauffement climatique, l’Europe et la France doivent s’engager résolument dans un soutien au développement du grand continent africain. L’Europe doit aussi rester, elle-même, exemplaire en tant qu’espace de solidarité. C’est pourquoi elle ne peut être laissée aux seuls tenants du marché et du commerce mais portée par des sociaux-démocrates déterminés à faire valoir la nécessité d’un budget européen favorables aux politiques de solidarités : fonds socio-structurels pour l’emplois, politique agricole commune, politique globale de l’énergie, du numérique, de la recherche de l’éducation et de la culture. Avec le Brexit, l’occasion est donnée d’un vrai budget européen avec des recettes propres par la création d’une taxe carbone et l’affectation au budget de l’Europe. Cette recette propre à l’Europe diminuerait d’autant les contributions budgétaires nationales et donc, pour certain pays, leur déficit budgétaire. S’ouvrirait alors un vrai débat démocratique au sein de l’espace européen qui nécessitera une réforme profonde des institutions européennes au sein même du triptyque Conseil européen, Parlement européen, Commission européenne. Il s’agit de rappeler à l’Allemagne, comme l’avait dit Jacques Delors, que le marché unique ne tient que parce qu’il est complété par une solidarité forte. Il n’y a pas les « pays du club med » et les vertueux du nord, il n’y a qu’un espace solide et solidaire qui doit permettre à tous le développement. Mais en contrepartie, nous devons être clairs : dans une zone monétaire commune, on doit respecter des règles communes. Je le pense, les pays riches sont comme les régions riches ils n’existent que parce qu’ils appartiennent à des ensembles cohérents. Le Royaume-Uni avec le Brexit le comprend aujourd’hui lentement mais sûrement. Le slogan « I want my money back » va se transformer en : « I leave Europe, I lost money ».

La lutte contre les inégalités notamment patrimoniales est le troisième grand défi. La France et le socialisme ont une place par leur histoire et l’attachement qu’ils portent aux politiques publiques, à l’idée de l’Etat comme outil des solidarités, à l’acceptation de « l’économie de marché mais pas à celle d’une société de marché » comme l’avait dit Lionel Jospin, où tout se vaut et tout s’achète et où on ne lutte pas contre la pauvreté. La question qui nous est posée c’est de réinventer des politiques de redistributions et c’est ce qui nous différencie de Benoit Hamon avec sa proposition d’un revenu universel. Ainsi, contrairement à ce que pense Benoit Hamon, ce ne sont pas les élites qui ont rejetés le revenu universel, il a été inventé par elles, mais le peuple et les couches populaires qui ne se pensent, ni se voient sans activité, sans utilité, sans perspective de réussite et de construction individuelle. Dans de nombreux domaines nous devons inventer, innover repenser de nouveaux emplois. Je propose de réfléchir sur quatre principaux domaines pour créer de nouveaux emplois : l’écologie et la « croissance sure »; la santé de manière globale et en particulier avec le vieillissement de la population et l’aide à domicile ; le développement de la vie associative et de l’insertion sociale. Mais surtout, la culture qui sera à n’en pas douter une des activités majeures de demain, une activité de création à haute valeur ajoutée, mais aussi d’influence française en Europe et dans le monde. En somme, un vecteur de cette identité ouverte que nous défendons. On ne doit pas en tant que socialistes accepter le dilemme absurde qui veut que les emplois nouveaux soient dans le numérique version star up « en marche » ou bien que le numérique soit lui-même la source de la fin du travail version Benoît Hamon, alors qu’il va être une vraie chance de réussite pour beaucoup.

D’autre part, toutes les sociétés industrialisées, modernes, connaissent depuis la révolution ultra-libérale Thatchérienne et Reaganienne, avec la financiarisation des économies, les paradis fiscaux une accélération de la concentration des patrimoines et donc, des inégalités entre les hommes.  Le plus important est de remettre en cause ce processus de concentration qui aboutira à des déséquilibres importants, à des impasses sociales avec pour les plus modestes, le sentiment d’être les perdants de la mondialisation. Ce déterminisme de l’échec est insupportable politiquement.

Qu’on y songe, les 10% des français les mieux dotés en patrimoine concentrent près de 50% du patrimoine brut des ménages quand les 10% les plus modestes n’en détiennent que 0,07%, 1% des mieux dotés rassemblent quant à eux 16%.  Il y a vingt ans, les 500 premières fortunes de France détenaient 6 % du PIB. Aujourd’hui elles en détiennent 24 %. Aujourd’hui, les inégalités patrimoniales sont 20 fois plus fortes que les inégalités de revenus. Ainsi, alors que le rapport entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres va de 1 à 7 en matière de revenus, il va de 1 à 138 quand il s’agit de patrimoines.

Les mesures fiscales prises par le gouvernement et votées par l’actuelle majorité vont accentuer cette concentration, vont accélérer même ce processus de concentration, ce qui est le contraire de ce qu’il fallait faire. Ce constat vaut pour tous les pays industrialisés et le modèle anglo-saxon individualiste et libéral en est le vecteur essentiel. La sociale démocratie européenne doit être l’obstacle politique à ce déterminisme de ce que j’appelle « l’inégalité patrimoniale », source du déterminisme de l’échec. D’autant que cette concentration patrimoniale conduit d’ailleurs à ce que la richesse ainsi détenue n’irrigue plus nos économies, car, avec moins de détenteurs de capitaux, les mimétismes comportementaux concentrent sur quelques secteurs rentables les investissements faisant courir le risque déjà vécus de crises financières systémiques, risque à nouveau bien présent. C’est l’échec de la fameuse et fumeuse théorie du ruissellement. Même les banques centrales, européenne en particulier avec Mario Draghi, l’ont compris et ont joué un rôle de pompier en facilitant l’accès au refinancement des Etats et des entreprises de l’économie réelle, devenant ainsi les vraies actrices, nouvelles et puissantes d’une politique néo-Keynesienne.

Je l’ai écrit, ces inégalités creusent le fossé entre les riches et les pauvres.  Sous le quinquennat précédent les prémices d’une politique nouvelle ont été ébauchés avec la fiscalité égale entre le travail et le capital, la prime d’activité qui vient compléter les salaires autour du SMIC, forme plus aboutie du revenu universel en le liant au travail, la revalorisation des minima sociaux, les aides à l’accès au logement et à la propriété, à l’efficacité énergétique et à l’économie énergétique. Reste à construire pour la jeunesse, sous la forme d’un capital de départ, un instrument pour se lancer dans la vie. Avec l’engagement de toujours des socialistes pour l’éducation, la santé, l’écologie, nous devons créer des politiques de redistribution patrimoniale individuelle, un panier qui doit réinvestir 1% de notre richesse à cet objectif pour assurer une dynamique nouvelle de sécurité et de réduction des inégalités. C’est là que se joue, pour la France et les socialistes, la combinaison entre l’enjeu international et celui de la redistribution nécessaire pour redonner des perspectives aux perdants de la mondialisation mais aussi pour permettre à la jeunesse, dans toute sa diversité, de renouer avec l’espoir.

Le quatrième défi est celui de la Laïcité. La France, par son histoire et ce qu’elle vient de vivre avec les attentats, est une cible privilégiée du terrorisme et d’une sourde, mais bien réelle, offensive idéologique de contestation de notre modèle Républicain. La laïcité est, plus que jamais dans cette période de troubles, un enjeu face à tous les extrémismes religieux. On ne transigera jamais sur la séparation des Eglises et de l’Etat. La contestation radicale du modèle Républicain et occidental par un soi-disant retour à une origine des textes n’est autre qu’un mouvement identitaire de plus qui doit être dissocié de la place de l’islam dans la République.

Nous ne sommes pas naïfs. La liberté de conscience de croire ou de ne pas croire est plus que jamais une valeur du socialisme français et le combat avec les autres Républicains sur ce sujet est un front essentiel de lutte politique. Elle passe par l’acceptation de toutes les religions dans la République et bien évidement de la religion musulmane. Il faudra reprendre là où elles sont restées les réflexions de la commission Stasi. Mais elle s’accompagne d’une intransigeance absolue sur les règles du vivre ensemble. Là aussi il y a, avec l’extrême gauche, une divergence de nature qui fait qu’une révolte contre le système ne prime pas sur le sens qu’on lui donne. Cette contestation doit-être condamnée, par nature, si elle remet en cause les valeurs qui fondent la République, notre histoire, l’égalité des droits en particulier entre hommes et femmes, la liberté d’informer, la liberté d’apprendre et de comprendre le monde. Dans ce vaste combat, il faut rappeler le respect des lois dans l’espace public, le soutien au monde associatif, l’importance de l’éducation à la tolérance et au fait religieux.

Le dernier défi est celui de la démocratie dans la République. La démocratie dans la République est redevenue une question avec l’émergence des réseaux sociaux, des interconnections mondiales, de la liberté qu’elles procurent mais aussi des risques qu’ils offrent de diffusion de fausses informations, d’attaques insidieuses, d’expressions brutes et brutales, dangereuses exacerbation des passions. D’autre part, la forme de l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron nous amène aussi à réfléchir sur l’équilibre des pouvoirs et sur les principes démocratiques sur lesquels cela doit s’appuyer. Pour « les socialistes » premier principe :  il n’y a pas de démocratie sans démocratie représentative, sans médiation démocratique par les élus et par une presse libre et indépendante. Le socialisme démocratique s’accommode des nouvelles formes de débats, contributifs, participatifs mais ne s’accommode pas de l’affaiblissement de la démocratie représentative, nationale et locale, pas plus que celui de la démocratie sociale. Car c’est son essence même qui serait fragilisé dans la recherche des compromis nécessaires aux conflits dans nos sociétés complexes. Ainsi, tout ce qui vise à amoindrir le pouvoir législatif par rapport au pouvoir exécutif ne peut pas être accepté. Tout ce qui réduira, comme c’est souhaité par le President de la République, le nombre d’élus, leur diversité ne peut conduire qu’à une centralisation extrême des pouvoirs, une perte de proximité des élus avec les citoyens, sans contrôle ni gardes-fous. Il est bon de rappeler l’équilibre des pouvoirs de Montesquieu.  La signature des ordonnances puis des lois par le President de la République à l’Elysée, sans le Premier ministre, est un symbole qui n’est pas sans conséquence.

Nous devons à nouveau porter un projet démocratique.  Avec trois grands engagements fondamentaux. Premièrement, un nouvel équilibre des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif en renforçant la place du Parlement. Cela doit conduire à maintenir le nombre de députés et à proposer non pas une dose de proportionnelle, mais un retour à la proportionnelle de 1986, par listes départementales. Deuxièmement, préparer une nouvelle étape de la décentralisation pour rapprocher la décision des réalités locales pour ancrer l’économie et le social dans une démarche territoriale avec du pouvoir réglementaire dévolue aux collectivités locales. Enfin, renforcer la démocratie sociale en revenant sur les dispositions des ordonnances qui remettent en cause la présence des syndicats dans les entreprises et en inscrivant dans la Constitution le principe de la démocratie sociale.  Les socialistes, dans l’histoire de la gauche française, ont permis cette synthèse entre la première gauche et la deuxième gauche, entre celle qui revendiquait le primat du politique sur tous les acteurs et celle qui pensait le réformisme comme une mise en mouvement de la société toute entière. Cette belle synthèse c’est notre identité dans ce début de XXIème siècle au sein de la gauche. C’est ce qui nous différencie de la France insoumise et c’est pourtant ce qui fait que nous sommes la gauche.

Un parti à réinventer

Notre Parti s’est délité tout au long de ce quinquennat sans qu’il n’ait pu trouver sa place dans le débat démocratique. Traversé par des clivages anciens, une primaire de 2012 non cicatrisée dont les plaies se sont infectées durant l’exercice de la responsabilité, ce qui n’était encore jamais arrivé. La fronde aura ainsi porté sur la place publique un débat, qui était jusqu’alors confiné aux moments réservés des débats de congrès.

Ce congrès est celui d’une remise à flot, une clarification de l’identité dans le contexte nouveau que nous connaissons. Il ne sera pas, à lui seul, la solution du rebond, de la re-construction, mais doit poser les bases du redressement. A ce titre, il ne peut pas être l’objet d’une querelle de chapelles, de postes ou de conflits de générationL’enjeu c’est le projet pour l’avenir de la gauche et la préparation des échéances à venir. Le rôle de ce Congrès sera de voter pour un(e) prochain(e) secrétaire(e) et rassembler en renouvelant les équipes, les méthodes et en intégrant de manière plus significative et direct l’avis des militants en les sollicitant de manière régulière. Maintenant c’est aux militants de décider.

Le Congrès doit se dérouler en toute clarté sur des textes simples sans multiplier les options, les égos, les postures. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Quelle est notre identité aujourd’hui et demain ? Quels sont des défis que nous devons relever ? Quel parti souhaitons-nous bâtir ? Les fédérations sont habilitées à faire des propositions pour trancher cette question. Nous devons nous atteler à relever le défi de l’Europe en 2019 et surtout les élections locales en particulier les municipales. Voilà la mission d’ici 2020. Il y aura, ensuite, une seconde phase qui ira vers 2022.

Pour l’avenir, les socialistes doivent devenir un espace de débat et d’adhésion sous de multiples formes. Il doit-être un outil pour fédérer des forces et commencer à concrétiser l’idée d’une fédération souple de différentes sensibilités autour des socialistes. Cette fédération des socialistes, démocrates écologistes et européens, la FDSEE, à vocation à rassembler par le débat des sympathisants issus de différents horizons. On doit, sur ce sujet du rassemblement, tirer toutes les conséquences de la dernière primaire. La BAP, conçue par Jean-Christophe Cambadélis comme une rampe de rassemblement, aura fonctionné le temps de la désignation. Moment trop court et pas suffisamment engageant pour la suite de la campagne.

 Les primaires à ce titre ne sont plus acceptables dans leurs formes actuelles car elles ne construisent pas le moyen de créer une dynamique de rassemblement.

Je propose, à travers des temps de débats plus longs, de créer un processus de désignation plutôt qu’un débat de désignation. Les inscriptions seront préalables au vote pour sortir de l’effet d’aubaine de votes au dernier moment qui dénature tout le processus.

Notre parti doit se repenser dans ses structures et ses formes de débats. Ses structures, en repensant notre organisation, en préservant ce qui reste solide, c’est-à-dire les fédérations qui doivent continuer à s’organiser avec un conseil politique départemental regroupant l’ensemble des militants et un exécutif mettant en œuvre les décisions et préparant les activités politiques et électorales. Mais il faut revoir nos structures et, en particulier notre organisation en sections, avec des unités plus larges sur la base des intercommunalités, des métropoles, des régions chargées d’ouvrir des débats et les adhésions sur des enjeux territoriaux et politiques globaux. Ces nouvelles unités devront permettre l’adhésion avec deux types de cotisations. Celles des militants, au sens d’adhérents, et celles des sympathisants à l’occasion de débats et ouverts à d’autres formations. Des plates-formes numériques pilotées par les fédérations et les nouvelles sections seront ainsi développées partout. Le vote, quel que soit le débat, sera électronique et l’initiative des débats ne pourra venir que des militants avec des modalités à définir. Les militants ont donc une prérogative exclusive : celle du droit d’initiative politique.

C’est ce que je crois être l’enjeu de cette période de débat qui s’ouvre où se joue notre avenir de force politique. Chacun doit y réfléchir surtout les militants, ces fidèles de l’engagement socialiste, ceux qui ont passé les épreuves des défaites et les joies des victoires. C’est à eux de prendre la parole et de redonner un destin et un avenir à notre belle histoire politique, à nos idées. J’ai conscience que la tâche ne sera pas facile mais si j’ai choisi Jaurès c’est parce que nos idées restent bien présentes en France et à l’échelle européenne. Nous ne serons plus les préparateurs fébriles du grand soir mais les bâtisseurs des alternances démocratiques qui font avancer la société.

Aujourd’hui la question essentielle qui est posée c’est « qu’est-ce qui nous rassemble ? ». J’ai choisi Jaurès.

Stéphane Le Foll

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