Je me suis posé la question du choix des mots et des actes présidentiels qui ont précédé les mouvements de grève et les manifestations de ces dernières semaines. Les Français traités de «fainéants» et la signature des ordonnances travail en urgence la veille de la manifestation organisée par Jean-Luc Mélenchon, tous ces choix ont interpellé le socialiste que je suis. Il y a là une vraie stratégie : «la muleta bleue».

Agiter la veille des événements et des mobilisations une détermination et des conceptions droitières a le don de pousser le taureau à charger, quitte à faire des dérapages incontrôlés en laissant pantois ceux qui ont un peu le sens de l’histoire et la mesure de l’apport de la rue. Je pense que le peuple, en particulier celui de droite, va applaudir le matador et que le taureau va s’épuiser. Une erreur qui doit amener les socialistes à réfléchir sur la forme de leur opposition démocratique. Cinq principes doivent guider la gauche responsable.

Le premier principe est celui de la mesure : il faut garder le sérieux et le sens de la responsabilité en toutes occasions. C’est le meilleur moyen de résister et d’éviter les dérapages qui sèment le doute et l’incompréhension chez nos concitoyens.

Le deuxième principe est celui de l’opposition constructive : s’opposer avec des arguments de fond et en cohérence avec ce que l’on a fait. On ne gagne jamais à travestir la réalité de l’action que l’on a conduite pour aller chercher le confort de l’opposition systématique et infantilisante. Laissons cela à ceux qui en font profession à droite comme à gauche.

Le troisième principe est celui du socialisme démocratique : c’est sur des valeurs fondamentales que l’on doit juger les propositions et l’action gouvernementale. L’enjeu du socialisme, ce n’est pas de réinventer l’Europe et le monde à chaque alternance, mais bien de lutter contre les forces et les mécanismes qui creusent les inégalités. Une société qui laisse les inégalités se creuser est une société qui perd le sens de l’humanité. Jean Jaurès est à ce titre notre boussole avec son engagement pour l’éducation et l’émancipation de chacun, comme toutes les avancées sociales et les droits que nous avons fait adopter depuis plus d’un siècle. L’écologie est devenue une exigence supplémentaire qui nous oblige à réinventer l’idée même de progrès.

Le quatrième principe repose sur la lutte contre les inégalités de richesses et patrimoniales : la loi de finances et le budget 2018 sont juges de paix de l’action gouvernementale et des orientations choisies. Le choix est clair, il s’agit d’un budget favorable aux riches, cinq milliards d’euros (suppression de l’ISF et du prélèvement forfaitaire sur le capital) au profit des 200 000 Français les plus aisés. Cela ne peut pas correspondre à notre conception de la société et de la République. De même que la politique du logement et du travail contre les plus précaires est inacceptable pour les socialistes (les emplois aidés réduits, APL baissées…).

Enfin, le cinquième principe est celui de l’équilibre des pouvoirs : notre devoir est de défendre un équilibre nouveau entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif et préparer un nouvel acte de la décentralisation. Ainsi, il faut refuser les suppressions massives d’élus prévues et contradictoires avec l’idée même de revitalisation de notre démocratie. La défense de la démocratie représentative comme de la démocratie sociale reste notre contribution pour l’avenir.

L’enjeu pour la gauche, c’est être aux yeux des Français des opposants crédibles sur nos valeurs, être vigilants à chaque instant, être imaginatifs – cela ne nuit jamais –  et enfin être positifs quand cela le mérite au nom de notre conception de l’intérêt général, de l’idée que nous avons de la France et de la République.

Stéphane LE FOLL
Président de Répondre à Gauche

Tribune publiée dans Libération et sur liberation.fr

Crédits photo : Mathieu Delmestre

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